Sur vénus, la pluie ne tombe jamais dans la plaine
Sur Vénus, la pluie ne tombe jamais dans la plaine, ni ailleurs : il y pleut bien dans les nuages, mais les gouttes s’évaporent bien avant d’atteindre le sol. Cette pluie n’est pas de l’eau mais de l’acide sulfurique, et la chaleur écrasante des basses couches de l’atmosphère la fait disparaître en route. Le titre, un peu énigmatique, résume donc un fait réel : aucune goutte ne touche jamais les grandes plaines volcaniques qui couvrent la planète.
Des nuages d’acide sulfurique
Vénus est entièrement enveloppée d’une épaisse couche de nuages, qui s’étend approximativement entre 45 et 70 kilomètres d’altitude. Ces nuages ne sont pas faits de vapeur d’eau, comme sur Terre, mais de fines gouttelettes d’acide sulfurique. Ils se forment à partir du dioxyde de soufre présent dans l’atmosphère, qui réagit avec de petites quantités de vapeur d’eau sous l’effet du rayonnement solaire. Ce sont eux qui donnent à Vénus son éclat si brillant dans le ciel : ils renvoient la plus grande partie de la lumière du Soleil.
Une pluie qui s’évapore en chemin
Dans ces nuages, les gouttelettes grossissent et finissent par tomber. Mais en descendant, elles traversent des couches de plus en plus chaudes. Sous la base des nuages, la température devient telle que l’acide s’évapore avant d’aller plus bas. Les vapeurs remontent, se décomposent et alimentent à nouveau la formation des nuages : c’est un cycle fermé, qui ne touche jamais la surface. Les météorologues appellent ce phénomène une virga : une précipitation qui s’évapore avant d’atteindre le sol. On en observe aussi sur Terre, sous forme de traînées pendant sous certains nuages, notamment dans les régions désertiques.
Un enfer à la surface
Ce qui empêche la pluie d’arriver au sol, c’est l’atmosphère extrême de Vénus :
- elle est composée à plus de 96 % de dioxyde de carbone ;
- la pression au sol est environ 90 fois celle de l’atmosphère terrestre, comparable à celle qui règne à près d’un kilomètre sous la surface des océans ;
- un effet de serre emballé maintient la température de surface autour de 460 °C, jour et nuit, assez pour faire fondre le plomb.
Vénus est ainsi la planète la plus chaude du système solaire, plus encore que Mercure, pourtant plus proche du Soleil.
Des plaines volcaniques sèches
La surface de Vénus est connue grâce aux sondes soviétiques Venera, qui s’y sont posées et ont transmis les premières images du sol, et surtout grâce à la sonde américaine Magellan, qui l’a cartographiée par radar au début des années 1990, à travers les nuages. Elle est dominée par de vastes plaines de lave, ponctuées de volcans, de coulées et de quelques massifs montagneux. Aucune eau liquide, aucune pluie n’y coule : les paysages ne sont façonnés que par le volcanisme, les mouvements de la croûte et des vents très lents mais puissants, en raison de la densité de l’air.
Plusieurs projets de missions, américains et européens, visent à étudier de nouveau cette atmosphère et l’histoire de Vénus, qui a peut-être possédé de l’eau liquide dans un passé lointain.



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